« Le 16 août, tout étant embarqué à bord, je me décidai à quitter la baie. À une heure et demie après minuit, nous nous mîmes en mouvement et, lentement, nous nous éloignâmes de la côte. En passant devant la glace de la baie qui nous avait si longtemps retenus prisonniers, nous poussâmes trois hurrahs! Mais nos cris réveillèrent un douloureux écho dans nos âmes; en ce moment, le souvenir de nos camarades qui ne devaient pas revenir avec nous vivait plus que jamais dans nos cœurs! Nous avions presque complètement perdu l’espérance de les revoir. Nos regards se tournaient vers le nord, au delà des eaux libres, du côté des glaces lointaines où devaient malheureusement se trouver les dépouilles du brave Querini, du courageux Stökken et du fidèle Ollier, dépouilles qu’il ne nous serait jamais possible d’aller prendre, car la mer Arctique est jalouse de ses secrets. Puisse du moins venir bientôt le jour où, lorsque le mystère polaire sera dévoilé, le nom de ceux qui lui ont offert leur vie en holocauste brillera d’une gloire plus éclatante; le jour où l’homme, triomphant enfin de ces régions glacées et inhospitalières, vengera tous les sacrifices et toutes les vies perdues dans cette lutte séculaire!… » (page 176)
Le récit de l’expédition du duc des Abruzzes dans la mer Arctique ¹, à bord de l’Étoile Polaire, illustre bien l’évolution de notre éthique environnementale. Je le lus d’abord par goût d’aventure. L’attrait du livre se déplaça vers un exotisme auquel je ne m’attendais pas. L’évocation de la faune polaire est un tableau de chasse. Ces termes du rapport de prédation nous sont devenus étrangers. Les observations scientifiques –météorologiques, magnétiques, sur la pesanteur–, sont complétées par des collections botaniques, minéralogiques, et zoologiques. La liste des oiseaux rencontrés dans l’archipel François-Joseph se termine sur deux stercoraires « tués dans le canal Britannique ».
Stercorarius parasiticus (labbe parasite), capture ² Jean C. Roché
Est-ce parce que les collections des musées d’histoire naturelle sont déjà constituées, ou grâce aux améliorations optiques, que l’ornithologie se contente aujourd’hui de jumelles? Je n’ai cure des bons sentiments de la ligue de protection des animaux, mais que le duc dise l’occision sans apprêt m’étonna. C’est à rapprocher du Monde du silence ³, dont le succès témoigne que l’achoppement ne se fit encore pas sur la pêche à la dynamite, ou la lacération des cachalots. Le groupe d’explorateurs se scinda en deux; l’un resta au camp près du navire, l’autre se fit tirer par des chiens vers le pôle Nord. Les uns s’occupèrent des ours, les autres de leurs chiens. Il ne s’agit pas de cruauté. Leur époque est antérieure aux notions d’écologie et de protection des espèces marines. Ce sont des ressources utiles à la survie dans ce milieu.
Les ours
« Comme je l’ai déjà dit, la faune n’était pas très abondante.
Les phoques étaient rares, les morses plus rares encore, mais ces lieux semblaient au contraire très fréquentés par les ours. Le jour même de notre arrivée, nous tuâmes une ourse et deux oursons. Sur trente-sept ours que nous tuâmes pendant notre voyage, trente-quatre
le furent dans la seule baie de Teplitz. La plupart de ces ours furent tués par Querini, chasseur passionné et excellent tireur, toujours prêt, la nuit comme le jour, à braver le froid et le vent quand il espérait rencontrer un de ces animaux.
La chasse de l’ours est très facile. L’ours sent et voit un campement bien avant que l’homme puisse s’apercevoir de sa présence, et ordinairement c’est la faim qui le pousse à s’en approcher. Il est, par conséquent, absolument inutile d’aller à sa recherche. Nos nombreux chiens étaient libres et erraient toute la journée; à peine voyaient-ils un ours qu’ils le poursuivaient.
Les ours mâles les plus gros, qui réussissaient à s’échapper lorsqu’ils n’avaient que huit ou dix chiens à leurs trousses, étaient forcés de s’arrêter quand ils étaient poursuivis par une meute de trente ou quarante chiens, et de grimper sur un hummock ou de s’adosser à quelque bloc de glace pour se défendre. De cette façon nous avions le temps d’arriver et la possibilité de les tuer à quelques mètres de distance. Aucun ours ne put nous échapper. Quelquefois nos chiens furent blessés par les ours mâles, rarement par les femelles. Grâce à l’agilité avec laquelle ils savaient éviter les attaques ces blessures ne furent jamais graves; trois ou quatre fois seulement le brave docteur fut obligé de les recoudre, et cela surtout dans les derniers temps, lorsque les chiens, devenus plus hardis, attaquaient avec plus d’audace.
Nous tuâmes beaucoup d’ourses, souvent avec deux oursons qui, par leur taille égale, semblaient être jumeaux. Pendant l’été on tua des femelles en plus grand nombre; plus tard, pendant l’hiver et au printemps, seulement des mâles; quelques-uns étaient de dimensions vraiment remarquables et avaient jusqu’à 2m90 de longueur. Nous mangeâmes souvent de leur chair, Le cœur, les rognons et la langue étaient bons, mais le reste ne plaisait pas à tout le monde.
Un coup de carabine, à l’épaule ou à la tête, tiré de front, était plus que suffisant pour abattre un de ces animaux. Mais s’ils étaient atteints pendant qu’ils fuyaient, il fallait plusieurs coups pour les achever. Nous n’eûmes jamais l’occasion de voir l’ours attaquer, mais nous observâmes qu’il fuyait toujours du côté opposé à celui d’où était parti le coup de fusil. Pendant toute la campagne, nous n’employâmes que des cartouches à balles dum-dum et chargées à la cordite. » (pages 42 – 43)
« 2 avril. – La journée d’aujourd’hui est meilleure que celle d’hier. Nous regardons sans cesse la limite des glaces, mais nous ne découvrons aucune trace du premier groupe. Le pack, près de l’île, n’a pas bougé; seule la glace moins épaisse, qui s’est formée dans le canal, se meut. Chose étrange, la température, pendant la journée, s’élève jusqu’à 5 degrés au-dessous de zéro. En se promenant, près du plateau, Hans enfonce et tombe dans la tanière d’une ourse. Cette tanière est creusée dans la neige, et ne communique avec le dehors que par une petite ouverture à travers laquelle Hans tue la bête d’un coup de fusil. C’est à ce moment que nous arrivons, et, après avoir élargi l’ouverture de la tanière, nous en retirons le corps de l’ourse et deux petits oursons à peu près de la grosseur d’un chat. Nous les tuons à coups de hache.
[...]
6 avril. – Nous avons beau regarder avec la longue-vue, nous ne découvrons rien. Comme le canal n’a pas plus d’un demi-kilomètre de largeur, nous devrions apercevoir nos camarades s’ils étaient en vue. Nous donnons à nos chiens la chair de l’ourse que nous avons tuée, et ils semblent la goûter énormément. Nous avions eu l’idée de faire cuire les petits oursons; mais comma aucun de nous n’est bon cuisinier, nous devons renoncer à ce plat. Nous continuons à faire notre soupe de chaque jour, dans laquelle nous mettons tous les ingrédients que nous avons à notre disposition, et, grâce à notre appétit, nous la trouvons toujours excellente. Hans prépare des lampes alimentées avec de la graisse d’ours; nous les allumons dans la soirée et elles nous donnent un peu de chaleur, mais nous enfument terriblement.
[...]
Du 9 au 15 avril. – Le temps est tour à tour couvert et serein. La température varie beaucoup. Elle monte à 12 degrés et, un jour, le 13 avril, à 4 degrés au-dessous de zéro. Je vois le premier pétrel de la saison. Outre les chiens, nous avons à la cabane, deux oursons vivants qui ont été pris près du cap Germania, dans leur tanière. Ils sont plus gros que ceux que nous avons tués au cap Fligely, et, pendant quelques jours, nous les gardons vivants dans la baraque du charpentier. Mais ils y font un tel vacarme que nous devons les tuer. Par la température relativement élevée dont nous jouissons, la neige s’est encore amollie, et on y enfonce de plus en plus. Pour la première fois, je vois la neige fondre au soleil sur le pont de l’Étoile Polaire. » (pages 130 – 133)
« 22 mai. – Dans la soirée, nous tuons quatre ours, toute une famille: le mâle, la femelle et deux robustes oursons. Nous avions tué d’abord la mère et les petits, et nous nous étions déjà retirés en laissant notre proie à la garde du cuisinier Gini et de deux matelots, lorsque le mâle se présenta tout à coup devant eux. Seul le cuisinier était armé, et ses camarades exécutèrent une prudente retraite. Par bonheur, Gini réussit à abattre la bête féroce du premier coup. » (page 144)
« La baie où nous avions vécu pendant douze mois disparut peu à peu à nos regards. D’abord les roches du cap Saülen s’évanouirent dans le lointain, ensuite le cap Auk et le cap Brorok, tandis que du côté du sud nous commencions à entrevoir le cap Clement Markham.
Pendant trois jours, du 16 au 18 août, notre navigation fut exempte d’incidents, si l’on ne compte pas pour tels les arrêts et les changements de route que la glace rendait obligatoires. Le 18 et le 19, nous restâmes enfermés dans un petit bassin ouvert près de l’île de Hooker. Ce lieu était plein d’animation. Pendant cet emprisonnement forcé, nous eûmes, pour nous distraire, des ours, des dauphins blancs, des narvals et des phoques, et nous assistâmes à une chasse aux phoques faite par un ours. Il suivait le bord de la banquise, en se dissimulant autant qu’il le pouvait, afin de pouvoir sauter sur le premier phoque qui s’approcherait de lui et le saisir.
Insensiblement, il arriva à une cinquantaine de mètres du vaisseau sans s’apercevoir que quelques-uns de nos hommes suivaient ses mouvements avec la même attention qu’il mettait à épier ceux de son phoque. Au moment où il s’y attendait le moins, nous le tuâmes. » (page 178)
Les chiens
« À notre arrivée, nous avions immédiatement conduit les chiens à terre; ces pauvres bêtes désiraient un peu de liberté et elles en avaient grand besoin, après tout un mois d’immobilité passé dans les cages du vaisseau. Comme une seule personne ne pouvait pas surveiller tous nos chiens pendant la nuit et qu’il était impossible de les reconduire à bord tous les soirs, nous avions dû construire de nouveaux chenils, sur
la glace, afin de les tenir séparés pendant la nuit et de leur assurer un abri quand il faisait mauvais temps. Les portes de ces chenils étaient munies de charnières dans le bas et on les relevait après que les chiens étaient rentrés. Dans l’intérieur nous avions établi des séparations, de sorte que les chiens étaient isolés et ne pouvaient pas se mordre entre eux. Les premiers jours ce fut une affaire longue et difficile de rentrer nos bêtes chaque soir; mais ensuite la chose devint des plus aisées, lorsque nous eûmes l’idée de leur donner à manger dans les chenils mêmes, après qu’ils y étaient rentrés. Nous n’eûmes plus à nous occuper de leur donner à boire, car la neige servait à les désaltérer. En leur donnant leur pâture dans les chenils, nous avions l’avantage non seulement de les faire rentrer plus facilement, mais encore d’éviter leurs querelles pendant les repas, d’empêcher qu’ils ne se prissent réciproquement leurs rations, de nous assurer que tous étaient également nourris et d’arrêter le gaspillage de nos provisions.
Ces chiens étaient fort intéressants à observer. Ils éprouvaient des sympathies et des antipathies, et lorsqu’ils tuaient un de leurs camarades, c’était une fête pour tout le troupeau. Lorsque l’un d’eux s’éloignait, les oreilles et la queue basses, nous comprenions qu’il était tombé en disgrâce. Alors toute la bande le poursuivait en aboyant et se ruait sur lui; nous devions intervenir pour les séparer et sauver le malheureux paria. Ils n’épargnaient ni les plus forts ni les plus faibles: les femelles seules étaient respectées. Deux ou trois de nos chiens périrent ainsi, déchirés par leurs compagnons, et nous eûmes l’occasion d’en sauver un grand nombre.
Ils nous étaient peu attachés et obéissaient moins encore. Ils ne craignaient que le fouet et l’eau. Dans les régions froides où ils vivent, l’eau gèle immédiatement sur leur corps lorsqu’ils se mouillent et forme une cuirasse qui paralyse tous leurs mouvements. C’est ce qui explique pourquoi ils ont instinctivement si grand peur de l’eau. Ils aboyaient facilement lorsqu’ils voyaient un ours ou un oiseau, et souvent aussi sans aucune raison. Quelquefois pendant la nuit on entendait un hurlement, que l’un d’eux répétait seul pendant quelques instants, et qui était suivi d’un chœur auquel prenait part tout le reste de la bande. Le concert durait des heures, dirigé par celui qui avait hurlé le premier, puis cessait comme il avait commencé, sans cause apparente. Ils se livraient surtout à ces manifestations bruyantes lorsqu’ils étaient seuls. La présence d’un homme suffisait pour les faire taire. » (pages 43 – 45)
« Pendant la marche, la santé des hommes avait été excellente; Cagni seul avait eu l’index de la main droite gelé pour la troisième fois, et le docteur croyait qu’il serait nécessaire de lui amputer une partie des os de ce doigt. Les chiens avaient fait preuve de beaucoup de vigueur, et aucun d’eux n’était mort de maladie. On n’en avait ramené que sept, parce que les autres avaient servi à nourrir leurs compagnons et, dans les dernières semaines, avaient été aussi la seule nourriture des hommes. » (page 157)
« Avec ces 25 degrés nous restons dans la tente sans souffrir; j’écris comme un vrai sybarite, la moitié du corps hors du sac. Je fais mon travail de Pénélope: le décompte des rations de pemmican. La diminution graduelle des vivres à traîner; la réduction consécutive des bêtes dont le nombre à garder peut varier encore suivant l’état possible de la glace et la longueur éventuelle des marches; la transformation successive d’une unité qui mange, en rations qui sont mangées; tous ces éléments font du problème du pemmican un passe-temps toujours nouveau. Mes calculs me rassurent: au milieu du mois de juin, nous pourrons avoir encore douze chiens bien nourris. C’est plus qu’il n’en faut, car à cette époque, si nous ne sommes pas encore de retour à la cabane, nous commencerons à mourir de faim. » (page 226)
« Ce soir, nous avons immolé Jason, un de n’os meilleurs chiens, que ses camarades avaient cruellement maltraité. Le choix de la victime devient tous les jours plus désagréable et plus difficile: d’abord, nous avions sacrifié les chiens les plus faibles, puis les plus paresseux, enfin ceux qui avaient la mauvaise habitude de manger les harnais; maintenant il faut faire notre choix parmi les bons, au milieu de compagnons auxquels nous nous attachons davantage, à mesure que leur nombre diminue. Les survivants n’ont pas les mêmes ‘scrupules que nous, et déchirent à belles dents une viande dont naguère ils ne voulaient pas. » (pages 230 – 233)
« Une assez bonne étape nous remonte le moral; et pourtant notre état d’âme est bien différent de ce qu’il était il y a un mois. Alors nous ne parlions que de bombance à faire avant d’arriver à la cabane; aujourd’hui, nous nous demandons s’il faut réserver notre pemmican et faire cuire de la viande de chien ou faire cuire le pemmican et manger ensuite le chien cru. Nous avons fait quatre milles dans la journée; c’est la moyenne à laquelle nous devons nous habituer, un minimum d’ailleurs auquel il faut nous tenir, car dans onze jours nous en serons à notre dernier morceau de pemmican, à notre dernière goutte de pétrole.
Mardi 5 juin. – Nous avons avancé de trois milles aujourd’hui! Le pemmican, que nous ne faisons plus bouillir pour économiser le pétrole et que nous avalons délayé dans un peu d’eau, me rappelle l’infusion de peau de renne et de lichens dont se composaient les derniers repas des survivants de l’expédition Greely. Nous souffrons beaucoup de la soif et nous nous ingénions à empêcher l’eau de geler dans nos gourdes.
[...]
Vendredi 8 juin. – Il faut envisager froidement la situation: nous avons encore 25 kilogrammes de pemmican et huit chiens; c’est de quoi ne pas mourir de faim avant un mois. Puisqu’il semble désormais impossible d’avancer vers l’est, nous irons vers le sud; la dérive nous poussera sur l’île Harmsworth ou l’île Albert-Édouard et de là, en suivant la côte du Prince-Georges et en traversant la glace du canal Britannique, nous atteindrons l’île Northbrook.
[…] Nous mangeons pour la première fois la cuisse d’un chien, viande dure et fade que nous nous efforçons de trouver excellente. Pour nous procurer de l’eau, nous usons comme combustible de graisse de chien dans laquelle nous plantons un morceau de toile en guise de mèche. L’eau sort de la casserole toute noire, avec une odeur écœurante ; mais nous en avons à discrétion. » (pages 265 – 266)
Les rapports sur le climat sont généralement structurés en trois parties. D’abord le détail des mesures de température et leur situation actuelle dans des séries historiques longues; ensuite l’établissement d’une causalité carbonique au changement, parfois élargie à d’autres gaz; puis l’ébauche d’un avenir conséquent. Le rapporteur consciencieux d’impliquer son lecteur peut adjoindre le mode opératoire d’un quotidien conforme aux contraintes.
Le réchauffement est avéré. L’influence humaine récente est probable à quatre-vingt-dix pour cent. Cependant l’espace, le temps, et le moi compliquent la représentation et le contrôle du risque, qui évolue, avec des effets de seuil, de manière exponentielle selon le degré d’élévation de température. L’horizon est à cent ans, mais la réaction doit être immédiate. Une hausse modérée a quelques effets positifs, mais les pays pauvres sont les plus touchés par les effets négatifs, et les moins à même d’en corriger les causes.
Il est impossible de réformer une civilisation sur une génération. De bouleverser ses habitudes alimentaires, son économie, sa fiscalité et son droit, son rapport à l’espace, à l’énergie et au temps, ses réflexes tribaux, sa foi en l’avenir et dans la technologie, son éthique, quand la majorité de ses individus peine à s’acquitter d’un loyer ou d’une traite mensuelle pour son logement, à nourrir et à éduquer ses enfants, à conserver son emploi salarié.
Cassandre avait prédit la belle Hélène et la chute de Troie, le danger du cheval de bois, sa propre mort et celle de son maître, Oreste matricide, et les autres choses. La lucidité est mal servie quand elle finit par avoir raison sur le pire. L’avenir qui nous est promis est riche en catastrophes. En France: compétition pour l’eau, déplacement des terroirs, anéantissement des glaciers, surmortalité estivale, confrontation aux phénomènes migratoires. Mais un climat un peu plus favorable à l’agriculture, si l’eau est disponible à l’irrigation, et une mortalité inférieure en hiver. Ailleurs: augmentation du niveau des océans (aux dépens des villes côtières: New York, Venise, Bangkok; des Pays-Bas; des deltas des grands fleuves: le Nil, le Bangladesh; des îles basses: les Bahamas, les Maldives, Tuvalu), des événements climatiques extrêmes plus fréquents (cyclones, inondations fluviales et côtières), une modification du régime des précipitations, une modification des rendements agricoles, la retraite des glaciers, une augmentation de la portée de certains vecteurs de maladies, la disparition de nombreuses espèces.
Comment représenter ce risque, si distant dans le temps, et dans l’espace, sans que la violence nous bloque sa perception? Le nounours est menacé de disparition d’ici à vingt ans. Simplicité, clarté, proximité, tous éléments efficaces en matière de communication. Et ce qui d’ordinaire me peine de conformisme et de moralité pourrait bien servir cette stratégie de persuasion de l’humanité. Ça, et la disparition concomitante du pétrole, comme l’augmentation du prix du tabac est une bonne nouvelle au fumeur.
Finalement, ce récit d’expédition ne m’apporta pas tant le souffle de l’aventure que le réconfort d’un décalage. Si les cinquante ans qui me séparaient du Monde du silence dataient à ce point les mœurs de l’époque, les termes de notre consommation d’énergie finiraient peut-être par devenir incongrus avant qu’il en coûtât trop.
Par ordre décroissant, voici les 3 principales sources individuelles de consommation d’énergie fossile:
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- La consommation de viande rouge
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- Les voyages en avion
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- La circulation en voiture
Dans un pays où l’électricité est d’origine nucléaire, le reste est dans l’épaisseur du trait. Débrancher sa télévision ou la laisser en veille ne changera rien si toute la famille passe les fêtes de Noël aux Bahamas. Chaque transaction est une subvention énergétique, et chaque ouverture du portefeuille un vote. Pour les productions locales ou chinoises, de saison ou des tropiques, de qualité ou méprisant le consommateur, et son avenir.
Notes
- Expédition de l’Étoile Polaire dans la mer Arctique 1899 – 1900, Louis Amédée de Savoie, duc des Abruzzes, traduit de l’italien et résumé par M. Henry Prior, Hachette, 1904. Gravures: 1, 2, 3, 4.
- Tous les oiseaux d’Europe, Jean C. Roché, CD, Frémeaux & Associés, (1990) 2007. CD 2, piste 63. « Labbe parasite / Arctic Skua / Stercorarius parasiticus. Cris et parades de 2 couples. »
- Le Monde du silence, Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, 1955, 86 min., Palme d’or 1956 du Festival de Cannes, Prix Méliès, prix du meilleur film étranger au National Board of Review, Oscar 1957 du meilleur long métrage documentaire.
Ressources
- « Réchauffement climatique », Wikipedia.
- « Changement climatique », Encyclopædia Universalis.
- Enregistrement de l’ours polaire sur la liste des espèces menacées, par le U.S. Fish & Wildlife Service, le 15 mai 2008. Le FWS est l’organisme, dépendant du Ministère de l’Intérieur des États-Unis, en charge de la gestion et de la protection de la faune et de la flore, au profit du peuple Américain.
- « Écolo ou mangeur de viande, il faut choisir », Rue89.
- Impacts climatiques en France, rapport scientifique publié par Greenpeace (résumé).
- Livestock’s long shadow: environmental issues and options, rapport du LEAD (Livestock, Environment and Development Initiative, supportée par la Banque Mondiale, l’Union Européenne, le Ministère des Affaires Étrangères français, l’US Agency for International Development (USA), la FAO des Nations Unies, et les autres choses). Aussi disponible en ligne.
- À quoi ressemblerait un monde « énergétiquement vertueux »?, Manicore.
- L’intégralité du cours Énergie et climat de l’École des Mines, donné par Jean-Marc Jancovici, filmé et disponible au téléchargement.






